Serbie : les travailleurs migrants fondent leur syndicat

Article publié pour le média "Le Courrier des Balkans" le 24 août 2026.

group of person on stairs
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Le premier syndicat de migrants a vu le jour à Belgrade. Ses membres comptent défendre les droits d’une communauté toujours très discriminée.

En juin dernier, des travailleurs et des activistes pour les droits humains ont annoncé à Belgrade la création du premier syndicat de travailleurs migrants. L’organisation, qui est toujours en cours de formation, est la première du genre en Serbie.

En 2025, les autorités ont délivré près de 100 000 permis de travail, un chiffe en constante augmentation. Le syndicat entend représenter une catégorie particulièrement exposée aux abus, composée notamment de ressortissants du Bangladesh, d’Égypte ou d’Inde. Titulaires d’un visa D, qui permet de séjourner et de travailler en Serbie jusqu’à 180 jours, ces travailleurs sont surtout employés dans des secteurs tels que la construction, la restauration rapide ou la livraison

Le syndicat est né de la volonté de travailleurs ayant eux-mêmes immigré en Serbie d’informer les autres migrants sur leurs droits, tant sur leur lieu de travail que pour l’accès à la santé, mais aussi de construire un réseau de solidarité pour ceux confrontés à des difficultés financières ou de logement.

Selon Tara Rukeci Milivojević, l’une des coordinatrices de l’organisation, « de nombreux migrants sont confrontés à des logeurs ou à des employeurs qui profitent du fait que [les travailleurs étrangers] ignorent leurs droits pour commettre des pratiques abusives ». Cela concerne par exemple les propriétaires, qui pratiquent des loyers excessifs ou qui refusent de restituer la caution sans justification. « Il arrive aussi que les employeurs paient les salaires en retard, ou annulent le contrat de travail avant son échéance pour divers motifs, sans en informer le travailleur », poursuit-elle. De telles pratiques peuvent mettre en péril la validité de leur titre de séjour.

Le syndicat souhaite également faire évoluer la législation sur le travail via les plateformes telles que Wolt ou Glovo, afin de mieux encadrer le statut des coursiers.

Des soupçons de traite d’êtres humains

Tara Rukeci Milivojevići souligne par ailleurs que de nombreux de travailleurs sont employés par des agences d’intérim. Certaines ne disposeraient cependant pas des licences nécessaires pour exercer leur activité.

« Des passeurs, qui travaillent avec ces agences en Serbie, recrutent les travailleurs dans leur pays d’origine en leur promettant un emploi. Ces derniers s’endettent alors, parfois à hauteur de 3 000 à 5 000 euros. La majorité ne parvient pas à rembourser cette dette avant la fin de leur contrat de travail. »

Les migrants endettés ne peuvent pas non plus retourner dans leur pays, où les passeurs les attendraient pour recouvrer leur dû, et ils seraient contraints de travailler jusqu’à l’acquittement de leur dette. « Cela sert de paravent au trafic d’êtres humains », dénonce Tara Rukeci Milivojevići.

En début d’année, le parquet supérieur de Zrenjanin a notamment ouvert une enquête à la suite d’accusations formulées par plusieurs organisations humanitaires à l’encontre du fabricant chinois de pneumatiques Linglong. L’entreprise est soupçonnée d’avoir employé, par le biais d’agences d’intérim, des travailleurs bangladais, dont les passeports auraient été confisqués, et qui n’auraient pas perçu leur salaire ni bénéficié de jours de congé. Le syndicat souhaite ainsi mettre en relation les différents acteurs concernés afin d’attirer l’attention des autorités sur ces pratiques et de les pousser à renforcer la législation pour y mettre fin.

D’ici-là, l’organisation entend officialiser son statut et consolider sa base militante, afin de pouvoir mener à bien ses différents projets.

https://www.courrierdesbalkans.fr/serbie-les-travailleurs-migrants-fondent-leur-syndicat-98264/

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