Serbie : L'avenir de NIS suspendu aux négociations avec MOL

Article publié pour le média francophone "Le Courrier des Balkans" le 22 mai 2026.

Andjela Veličković

5/22/20263 min read

©NIS.rs

Sanctions américaines, intérêts russes et recomposition politique en Hongrie : l’avenir du pétrolier serbe NIS se joue ces jours-ci dans un contexte géopolitique plus incertain que jamais.

L’entreprise pétrolière Naftna Industrija Srbije (NIS) se trouve dans une situation incertaine. Majoritairement détenue par le groupe russe Gazprom, son activité avait été suspendue en novembre 2025 après l’entrée en vigueur des sanctions américaines visant les intérêts russes. Le Bureau de contrôle des avoirs étrangers étatsunien (OFAC) avait conditionné la levée de ces sanctions à une passation de propriété, avec une échéance fixée au 22 mai. Washington a toutefois prolongé la licence d’exploitation jusqu’au 16 juin, permettant à la raffinerie de reprendre provisoirement son activité.

RETOURNEMENT POLITIQUE EN HONGRIE

Le groupe hongrois MOL Group, perçu comme un partenaire de confiance par Moscou sous l’ère Viktor Orbán, apparaissait jusqu’ici comme le candidat idéal, et un accord de principe avait été conclu en janvier 2026. L’entreprise prévoit d’acquérir 56,1 % des actions de NIS, ce qui lui permettrait de prendre le contrôle de la raffinerie de pétrole de Pančevo, du complexe chimique Petrohemija, ainsi que de 400 stations-service en Roumanie, en Bosnie-Herzégovine et en Bulgarie. Une opération qui offrirait à MOL un ancrage stratégique dans les Balkans, alors que NIS avait déjà étendu ses activités dans la région.

Pour l’heure, les négociations sur les modalités exactes du transfert de propriété n’ont toutefois pas abouti, suscitant l’inquiétude de l’opinion publique serbe : sans compromis avant le 22 mai, la raffinerie pourrait de nouveau être contrainte d’interrompre son activité, alors que la région est déjà confrontée à des difficultés d’approvisionnement énergétique.

L’arrivée au pouvoir de Péter Magyar en avril dernier a également ravivé les interrogations sur un possible revirement. Plus aligné sur les positions européennes que son prédécesseur, le nouveau Premier ministre hongrois suscitait des craintes quant à une remise en cause de l’accord conclu sous Viktor Orbán, voire à un blocage d’un futur rachat des parts russes une fois les sanctions levées. Dans les faits, si le nouveau chef du gouvernement a affiché sa volonté de diversifier les sources d’approvisionnement énergétique de la Hongrie, une rupture avec le gaz russe ne semble pas envisagée à court terme.

Quelle que soit l’évolution politique à Budapest, l’acquisition de NIS reste attractive pour MOL, qui consoliderait ainsi sa présence régionale après avoir déjà pris le contrôle de l’entreprise pétrolière croate INA en 2008 et développé la raffinerie de Rijeka. Le groupe bénéficie également d’un accès à l’oléoduc JANAF, essentiel pour l’approvisionnement des pays de l’ex-Yougoslavie, mais aussi de la Hongrie, de la République tchèque et de la Slovaquie.

POURPARLERS SOUS TENSION

Le principal point de discorde semble toutefois davantage lié aux intérêts industriels et énergétiques serbes qu’aux seules considérations diplomatiques. L’enjeu central concerne l’avenir de la raffinerie de Pančevo et les garanties sur son maintien à long terme, en raison de son importance pour l’économie nationale, notamment pour le secteur pétrochimique et la compagnie aérienne Air Serbia, qui dépendent directement de l’entreprise. NIS aurait ainsi représenté environ 5,1 % de la croissance du PIB serbe au cours de la dernière décennie.

À quelques jours de l’échéance, la ministre serbe des Mines et de l’Énergie, Dubravka Đedović Handanović, a déclaré à l’agence Tanjug que « quelques questions en suspens subsistent, la plus importante pour nous étant les opérations futures de la raffinerie de Pančevo et les moyens d’en garantir un fonctionnement optimal, ce qui est important pour notre pays tant en ce qui concerne l’approvisionnement du marché serbe qu’en termes d’impact sur le PIB, la croissance économique et la sécurité d’approvisionnement ».

« Nous aimerions parvenir à un compromis, mais pas à n’importe quel prix », a ajouté la ministre.

Belgrade redoute notamment un scénario similaire à celui de la raffinerie croate de Sisak, fermée après le rachat d’INA par MOL — même si le groupe hongrois affirme ne pas avoir l’intention de fermer le site de Pančevo. Les autorités serbes craignent également la disparition de certaines garanties obtenues lors de la vente initiale de NIS à Gazprom, comme le droit de préemption accordé à l’État serbe. Une dernière proposition devrait être transmise à MOL dans les prochains jours par la ministre, avant une approbation formelle du transfert de propriété par le gouvernement serbe.

Pour le groupe hongrois, l’enjeu central demeure la rentabilité à long terme des activités de raffinage. Si les risques géopolitiques, les tensions sur l’approvisionnement énergétique ou la hausse des coûts de production venaient à compromettre ces perspectives, le maintien de la raffinerie pourrait devenir économiquement difficile. Derrière le dossier NIS se joue désormais une part importante de la stabilité énergétique du pays, sur fond de tensions géopolitiques croissantes.

https://www.courrierdesbalkans.fr/Serbie-l-avenir-de-NIS-suspendu-aux-negociations-avec-MOL 

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