Intégration européenne : les retards de la Bosnie-Herzégovine pourraient lui coûter cher
Article publié le 7 juillet 2026 pour le média francophone "Le Courrier des Balkans"
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Andjela Veličković
7/7/20263 min read
La Bosnie-Herzégovine risque de perdre 373 millions d’euros de financements européens, faute d’avoir engagé les réformes promises, malgré les avertissements de la Commission.
Dans le cadre du Plan pour la réforme et la croissance des Balkans occidentaux, adoptée en 2024, la Bosnie-Herzégovine s’était engagée, aux côtés des autres pays candidats de la région, à mettre en œuvre une série de réformes destinées à faire progresser son processus d’adhésion à l’Union européenne et à lui permettre d’accéder aux 6 milliards d’euros prévus par ce mécanisme pour la période 2024-2027, dont 2 milliards de subventions. Ces réformes visent à adapter progressivement la législation nationale à l’acquis communautaire afin d’assurer la compatibilité des institutions avec le cadre européen et de préparer l’économie aux règles du marché unique. Au-delà de l’adoption des lois, elles impliquent également une adaptation du cadre juridique et institutionnel afin d’en garantir l’application effective.
La Bosnie-Herzégovine avait déjà perdu 108 millions d’euros l’an dernier après avoir tardé à soumettre son agenda de réformes à la Commission européenne. Celle-ci l’a finalement approuvé en décembre dernier et a exigé que la majorité des mesures soient mises en œuvre d’ici à la fin de l’année 2026.
En avril dernier, devant la commission des Affaires étrangères du Parlement européen, la commissaire à l’Élargissement, Marta Kos, avait averti que les pays des Balkans occidentaux candidats à l’UE risquaient de perdre au total 700 millions d’euros s’ils ne mettaient pas en œuvre, dans les délais impartis, les réformes prévues par leurs plans d’adhésion. Or, la Bosnie-Herzégovine n’a encore officiellement annoncé la mise en œuvre d’aucune des 113 mesures prévues, alors que leur échéance est fixée à décembre 2026.
Des réformes de fond
L’agenda prévoit notamment une série de réformes économiques et institutionnelles, parmi lesquelles la libéralisation des marchés de l’électricité et du gaz. La numérisation accuse également un retard important : l’identité électronique, le déploiement d’un réseau 5G à l’échelle nationale et la mise aux normes en matière de cybersécurité n’ont toujours pas vu le jour. Ce retard limite non seulement l’accès aux marchés internationaux, mais freine aussi l’adoption de technologies susceptibles d’améliorer la productivité et, par conséquent, la compétitivité de l’économie. Pour une économie intensive en main-d’œuvre comme celle de la Bosnie-Herzégovine, où le faible coût du travail demeure un avantage comparatif, les gains de productivité constituent un enjeu majeur.
Selon les promoteurs de ces réformes, la numérisation contribuerait également à réduire la corruption en automatisant de nombreuses procédures administratives et en limitant ainsi les possibilités d’intervention discrétionnaire des agents publics.
Le gouvernement doit également créer un registre unique regroupant les informations relatives aux impôts acquittés par les contribuables et aux prestations sociales, afin de se conformer aux normes européennes en matière de traitement des données.
Par ailleurs, de nouvelles lois concernant la Cour de Bosnie-Herzégovine et le Conseil supérieur de la magistrature et du ministère public (VSTV), chargé de superviser les juges et les procureurs, doivent encore être adoptées afin de renforcer l’indépendance du pouvoir judiciaire vis-à-vis des responsables politiques. Les textes destinés à protéger les lanceurs d’alerte, notamment dans les affaires de corruption, restent eux aussi en attente. Or, la consolidation d’un cadre juridique et institutionnel stable constitue une condition essentielle pour attirer les investissements étrangers.
Barrage politique
Radio Slobodna Evropa révèle que certains ministres rechignent à inscrire les discussions sur l’agenda de réformes à l’ordre du jour du Parlement et tardent à en communiquer le contenu, ce qui ralentit l’adoption des mesures prévues.
Nihad Omerović, député de la coalition tripartite au pouvoir pour le parti Narod i Pravda et membre de la commission parlementaire des Affaires étrangères, déclare à RSE que « la ratification de l’accord aurait dû être achevée il y a six mois. Je crains qu’en coulisses, des rapports de chantage politique et de marchandage entre le SNSD et le HDZ BiH [les deux autres partis de la coalition] ne paralysent le travail du Parlement. »
Avec la Serbie et le Kosovo, la Bosnie-Herzégovine figure parmi les plus mauvais élèves de la région. Si les retards persistent, elle risque de perdre 373 millions d’euros supplémentaires destinés à financer la transition énergétique et numérique ainsi que la modernisation des infrastructures routières et ferroviaires.
