Face à l’inflation, la Croatie serre la vis budgétaire

Article publié pour le média francophone "Le Courrier des Balkans" le 2 juin 2026.

6/2/20264 min read

aerial photography of city with builddings
aerial photography of city with builddings

Face à une inflation parmi les plus élevées de la zone euro, Zagreb a annoncé un ensemble de mesures visant à freiner la hausse des prix. Les syndicats dénoncent un effort supporté avant tout par les travailleurs.

La première moitié de l’année 2026 a été particulièrement difficile pour le portefeuille des citoyens croates. Le taux d’inflation du pays a en effet atteint près de 5,8 % en avril 2026, selon le Bureau national de statistiques. Un niveau parmi les plus élevés de la zone euro, juste après la Roumanie (9,5 %) et la Bulgarie (6 %), tandis que la moyenne de la zone euro se trouve à 3,2 %. Si les difficultés d’approvisionnement énergétique liées à la guerre avec l’Iran ont aggravé la situation, celle-ci tient également à des facteurs structurels propres au pays.

Des milliers de Croates ont par ailleurs manifesté à Zagreb le 18 avril pour exiger des mesures contre l’augmentation du coût de la vie, dénonçant la stagnation des salaires et des retraites, ainsi que la baisse du pouvoir d’achat. Organisée par trois syndicats indépendants, la manifestation a rassemblé une dizaine de milliers de personnes, sous le mot d’ordre « La Croatie ensemble pour de meilleurs salaires et retraites ». Les manifestants réclamaient notamment une indexation des salaires et des pensions sur l’inflation, une baisse des prix des denrées alimentaires et des logements plus accessibles.

La pression inflationniste est telle que le gouvernement a gelé les prix des carburants, notamment du diesel ou l’essence, en mars dernier, et a baissé la TVA sur ces produits de 25 à 15 %. Comme l’a expliqué la Commission européenne à l’économie et à la productivité, le carburant représente une part importante du panier de consommation des ménages croates. Toute variation des prix de l’énergie se répercute directement sur le reste de l’activité économique et sur le pouvoir d’achat des ménages.

Préserver la cohésion sociale


Le ministre des finances, Tomislav Ćorić, a annoncé jeudi 28 mai un paquet de mesures supplémentaires destinées à freiner l’augmentation des prix en ralentissant la demande. Depuis que la Croatie a adopté l’euro comme monnaie nationale en 2023, elle ne dispose plus d’une politique monétaire autonome. Les taux d’intérêt sont désormais fixés par la Banque centrale européenne pour l’ensemble de la zone euro. Le gouvernement ne peut donc agir sur l’inflation que par des instruments budgétaires.

Selon le ministre, l’économie croate a connu une croissance supérieure à la moyenne durant ces dernières années, ce qui la rend d’autant plus vulnérable à un choc extérieur sur les prix et à l’apparition d’une spirale inflationniste. Lorsque la demande est forte, les entreprises disposent de marges plus importantes, tandis qu’une hausse des coûts importés vient renforcer cette dynamique.

Tomislav Ćorić a ainsi confirmé que le gel des prix des carburants, entré en vigueur en mars, serait maintenu jusqu’au premier trimestre de 2027. Les dépenses gouvernementales seront réduites de 1,3 milliards d’euros, ce qui implique notamment un gel des salaires de la fonction publique. Le gouvernement justifie cette mesure par la disparité élevée entre les rémunérations des secteurs public et privé. Les hausses salariales des fonctionnaires et les diverses prestations sociales adoptées cette année resteront cependant en vigueur, afin de ne pas détériorer davantage le pouvoir d’achats des citoyens, déjà soumis aux pressions inflationnistes.

Enfin, un impôt de 50 % sur les marges bénéficiaires excédentaires des commerçants sera instauré, de même qu’une hausse de l’imposition forfaitaire des entreprises touristiques. Une exonération de l’impôt sur le revenu des retraités a également été introduite, afin d’augmenter le revenu disponible de cette catégorie de la population.

Le Premier ministre Andrej Plenković a mis en avant la volonté du gouvernement de préserver la cohésion sociale, et a appelé à la solidarité au sein de la société croate, afin de ramener les prix à leur niveau d’avant 2022.

Les syndicats sceptiques

L’Union des syndicats indépendants de Croatie (SSSH) se montre toutefois critique à l’égard de ce paquet de mesures. Son président, Mladen Novosel, reproche au gouvernement de passer sous silence l’une des causes de l’inflation, à savoir la cupidité des entreprises croates – notamment dans la grande distribution – qui auraient, selon lui, profité des chocs économiques depuis le début de la guerre en Ukraine pour augmenter leurs prix de manière disproportionnée. Il dénonce également le double standard appliqué au gel des salaires de la fonction publique, affirmant que les augmentations accordées aux élus et aux hauts fonctionnaires ne sont pas comparables à celles accordées aux autres agents publics.

Contacté, le syndicaliste du SSSH Darko Šeperić regrette qu’aucune mesure ne soit prévue pour protéger les intérêts des travailleurs : « Notre intérêt réside dans une répartition équitable entre le travail et le capital, et les travailleurs ne doivent en aucun cas payer le prix de la cupidité des entreprises qui ont profité de la situation pour hausser les prix, ni subir les conséquences de la situation géopolitique ».

L’imposition des marges bénéficiaires est toutefois, selon lui, une mesure bienvenue, car elle « confirme notre hypothèse selon laquelle certaines entreprises ont profité de la situation pour hausser abusivement les prix ». Il ajoute néanmoins : « Nous savons bien que l’argent prélevé ne sera pas redistribué aux travailleurs, par exemple dans ces mêmes entreprises qui ont augmenté les prix, ni aux salariés du secteur public, puisque leurs salaires seront gelés .» Le syndicat désapprouve également la levée de l’impôt pour les retraités, puisque celle-ci ne concernera « qu’une proportion minoritaire, et plutôt aisée, de la population. C’est autant d’argent en moins dans les caisses publiques ».

Interrogé sur une éventuelle reprise des mobilisations, comme celle d’avril dernier, Darko Šeperić répond qu’« il n’y a pour l’instant rien d’autre à faire que d’attendre. Nous verrons dans les prochains mois si les mesures montrent réellement leur effet ».

Le gouvernement s’attend à ce que ces mesures permettent au taux d’inflation de redescendre à 3 %. Il faudra plusieurs mois avant de pouvoir en évaluer les effets.

https://www.courrierdesbalkans.fr/la-croatie-prise-dans-l-etau-inflationniste-94998/ 

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