Canicule : la Serbie face à ses vulnérabilités climatiques
Article publié le 6 août 2026 pour le média francophone "Le Courrier des Balkans"
Andjela Veličković
La sécheresse provoquée par les fortes chaleurs de ces derniers jours met les infrastructures serbes à rude épreuve, et révèle leur vulnérabilité face au réchauffement climatique.
Une nouvelle vague de chaleur frappe le continent européen depuis plusieurs jours. En Serbie, les températures oscillent entre 35 et 40 °C, et le nord du pays n’est pas épargné par le dôme de chaleur qui plane actuellement au-dessus de l’Europe centrale. L’assèchement du Danube pousse le secteur énergétique dans ses retranchements, et met en lumière les limites des infrastructures serbes face aux épisodes climatiques extrêmes.
Alors que nos collègues rapportaient un niveau historiquement bas du deuxième fleuve d’Europe en début de semaine, mercredi 5 août, la hauteur de l’eau à la station de pompage de Bezdan a encore diminué pour atteindre -169 centimètres. Cette situation a amené les autorités provinciales à déclarer l’état d’urgence dans les municipalités de Vrbas, Sombor et Kula.
Le faible débit du Danube, observé dans l’ensemble du bassin, perturbe plusieurs secteurs. Il limite la navigation commerciale et réduit la production des barrages hydroélectriques : les stations hydroélectriques de Đerdap 1 et 2 ne fonctionnent qu’à 30% de leur capacité habituelle.
L’acheminement des produits pétroliers par voie fluviale est lui aussi perturbé. La ministre de l’Énergie Dubravka Đedović Handanović a annoncé qu’en raison de la capacité réduite des barges, leur importation n’avait atteint que 25% de la quantité initialement prévue pour le mois de juillet.
Le manque d’eau compromet aussi l’alimentation du réseau de canaux d’irrigation Danube-Tisza-Danube (DTD) en Voïvodine, dont dépendent de nombreuses exploitations agricoles.
Selon le gestionnaire du réseau Vode Vojvodina, les autorités interdisent, depuis mardi 4 août, les prélèvements d’eau dans ce réseau jusqu’à ce que le fleuve retrouve son niveau habituel. L’ampleur des pertes agricoles n’est pour l’heure pas connue.
L’approvisionnement énergétique sous pression
Si la situation est particulièrement critique en Voïvodine, le sud du pays n’est pas non plus épargné par les fortes chaleurs. Selon le réseau européen ENTSO-E, toutes les centrales hydroélectriques serbes fonctionnent au ralenti en raison des faibles débits. Les centrales thermiques fonctionnent elles aussi au ralenti, le manque d’eau limitant le refroidissement.
Face à des difficultés d’approvisionnement en pétrole et en électricité, le pays craint-il une crise énergétique ?
Mercredi, le directeur d’EPS, Dušan Živković, a annoncé à RTS que la distribution d’électricité restait garantie sur tout le territoire, malgré la situation.
Même son de cloche du côté de la ministre de l’Énergie, qui compte sur le groupe pétrolier NIS pour compenser le ralentissement des importations de produits pétroliers : « Selon le niveau actuel de production et les quantités disponibles de pétrole brut dont dispose NIS et que la raffinerie est en mesure de traiter, l’approvisionnement restera stable et régulier en août. » Et d’assurer que « l’État dispose également de ses propres réserves stratégiques pour intervenir en cas de besoin. »
Le ministère a toutefois appelé les autorités provinciales et municipales à se mobiliser afin d’assurer la bonne distribution d’eau sur leur territoire. La population est quant à elle encouragée à une « consommation rationnelle et modérée » d’eau et d’électricité.
Des infrastructures mises à l’épreuve
Si l’approvisionnement énergétique ne paraît pas menacé à court terme, l’épisode actuel met en lumière la vulnérabilité structurelle de la Serbie face au changement climatique. Selon l’index ND-GAIN, qui évalue l’exposition et la capacité d’adaptation des États, la Serbie est, avec la Bosnie-Herzégovine, le pays le plus vulnérable d’Europe.
En réaction, les autorités de Voïvodine ont débloqué 270 millions de dinars (2,3 millions d’euros) pour draguer les canaux et sécuriser la station de pompage du réseau Danube-Tisza-Danube. Pourtant, un niveau exceptionnellement bas du Danube avait déjà été observé au mois de mai, rappelle Nova ekonomija.
Pour Jelena Đurović Rajak, élue du Zeleno-levi front à Sombor, le problème est avant tout politique. Conçu dans les années 1970 pour prévenir les inondations tout en irriguant jusqu’à un million d’hectares, le réseau DTD n’a pratiquement pas été modernisé depuis sa mise en service. « Le fait que nous n’ayons pas de système capable de faire face à la sécheresse et au changement climatique n’est pas le produit de la destinée, mais de décennies de fausses priorités politiques », dénonce-t-elle.
Pour l’heure, les infrastructures permettent encore d’assurer l’approvisionnement en énergie malgré des capacités réduites. Mais la répétition des épisodes de sécheresse pose désormais une question de fond : le pays est-il réellement préparé à un climat où ces événements extrêmes risquent de devenir la norme ?
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