Bosnie-Herzégovine: Clap de fin pour les fonderies de Zenica
Article publié pour le média francophone "Le Courrier des Balkans" le 4 mai 2026.
Andjela Veličković
5/11/20263 min read
La mise à l’arrêt des Aciéries de Zenica, lâchées en 2025 par ArcelorMittal, menace indirectement 11 000 emplois et fragilise tout le tissu économique du pays. Récit d’une faillite.
Les Fonderies de Zenica (Nova Željezara Zenica), acteur industriel majeur en Bosnie-Herzégovine et deuxième exportateur du pays, ont cessé toute production le 22 avril. Fondée en 1892 sous l’Empire austro-hongrois, la fonderie était autrefois le troisième plus grand complexe industriel de Yougoslavie. Si une fermeture complète et définitive n’est pas (encore) d’actualité, le haut-fourneau a néanmoins été définitivement éteint, menaçant indirectement près de 11 000 emplois dans la région.
D’importantes difficultés financières ont conduit la direction à prendre cette décision : l’entreprise était endettée à hauteur de 350 millions de marks - soit environ 180 millions d’euros, et a enregistré une perte supérieure à 97 millions de marks en 2025. Son ancien propriétaire depuis 2004, ArcelorMittal, l’avait cédée au groupe bosnien H&P Zvornik à l’automne 2025.
L’entreprise évoluait par ailleurs dans un contexte global particulièrement compétitif, où le faible coût de l’acier et la concurrence de la production chinoise tirent les prix vers le bas. Sur le marché intérieur, la hausse continue des importations d’acier par d’autres acteurs industriels accentue encore davantage cette pression. L’excédent commercial de l’acier ne s’élevait plus qu’à quelques millions de marks au cours des cinq dernières années.
Malgré les difficultés, l’usine parvenait encore à se maintenir à flot, mais la liquidation de son fournisseur de charbon à coke à Lukavac en février dernier lui a porté le coup de grâce. Désormais privée d’un combustible essentiel à son activité, en déficit et incapable de répondre aux exigences de compétitivité du marché, la fonderie de Zenica a dû interrompre sa production, laissant quelque 2000 ouvriers dans l’incertitude.
Interrogé par Deutsche Welle, le directeur de l’usine, Ahmed Hamzić, a vivement critiqué le manque de réactivité des autorités de la Fédération de Bosnie-Herzégovine, qu’il accuse d’avoir ignoré ses nombreuses demandes de soutien financier. Les autorités cantonales ont également dénoncé la passivité du gouvernement face au déclin du tissu industriel du pays.
Alors que l’Union européenne ou la Serbie voisine ont mis en place des quotas d’importation pour protéger leur industrie respective, le Conseil des ministres de Bosnie-Herzégovine a refusé d’adopter des mesures similaires en mars. Il justifie sa décision par l’absence de réciprocité de quotas ou de tarifs, ainsi que par la nécessité de préserver la libre concurrence. Aucune subvention n’a par ailleurs été accordée aux Aciéries. Or, sans soutien du gouvernement, l’arrêt des fourneaux et le renvoi des employés étaient inévitables, selon Ahmed Hamzić. Les représentants du syndicat des ouvriers métallurgistes (Sindikat metalaca Federacije BiH) appellent pour leur part à relancer la production, afin de préserver les emplois et le patrimoine industriel du pays.
L’arrêt de la dernière fonderie de Bosnie-Herzégovine met en péril l’ensemble du secteur industriel du pays, puisque les composants sidérurgiques produits par cette dernière devront désormais être importés à un coût supérieur à celui de l’offre locale. L’économie nationale s’expose désormais à d’éventuelles difficultés d’approvisionnement et à une volatilité des prix sur le marché. Le pays perd ainsi une industrie à forte valeur ajoutée, qui stimulait la demande intérieure en soutenant tout un réseau commercial dans la région.
Une lueur d’espoir apparaît, contre toute attente, du côté des dettes de la fonderie : celle-ci a majoritairement emprunté des fonds auprès d’entreprises publiques, ce qui a conduit le gouvernement fédéral à ouvrir des discussions en vue d’une reprise et d’une restructuration par la compagnie publique Energoinvest. Une décision qui fait consensus parmi les parties prenantes, y compris le syndicat ouvrier, à condition que le haut-fourneau soit remis en service, ce qui permettrait de maintenir les emplois menacés. Bien qu’un accord semble avoir été trouvé, aucune décision n’a encore été prise à ce stade.
Même si la fonderie reste partiellement en activité, l’avenir de ses employés et des entreprises de la région demeure incertain. Près de 1500 personnes se sont rassemblées à Zenica ce 1er mai, afin d’exiger « des réponses, et non plus des promesses ».
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